80 %, c'est 28 heures — et environ 19 % de net en moins
En résumé : passer à 80 % dans le privé, c'est travailler 28 heures par semaine (121,33 h par mois) et perdre un peu moins de 20 % de son net après impôt, pas exactement 20 %. Pour un non-cadre à 3 000 € brut avec une part fiscale, le net après impôt tombe de 2 224 € à 1 801 € : 424 € de moins par mois, 5 083 € sur l'année.
On lit partout que le 4/5e coûterait « bien moins que 20 % » grâce à l'impôt. Soyons honnêtes : c'est exagéré. Le tableau ci-dessous sort de notre propre moteur, celui qui applique les 11 cotisations salariales réelles, les plafonds de Sécurité sociale et le barème progressif 2026, sans taux forfaitaire. L'écart avec 20 % existe, mais il est modeste tant que vous restez dans la tranche à 11 %.
| Brut temps plein | Brut à 80 % | Net après impôt à 80 % | Perte / mois | Perte réelle |
|---|---|---|---|---|
| 2 000 € | 1 600 € | 1 236 € | 282 € | 18,6 % |
| 2 500 € | 2 000 € | 1 518 € | 353 € | 18,9 % |
| 3 000 € | 2 400 € | 1 801 € | 424 € | 19,0 % |
| 3 500 € | 2 800 € | 2 083 € | 475 € | 18,6 % |
| 4 000 € | 3 200 € | 2 365 € | 476 € | 16,7 % |
| 5 000 € | 4 000 € | 2 841 € | 575 € | 16,8 % |
Regardez la ligne 3 500 € et la ligne 4 000 € : la perte mensuelle passe de 475 € à 476 €. Un euro d'écart pour 500 € de brut en plus. La raison : à ce niveau, le cinquième jour que vous abandonnez était taxé à 30 %, donc l'État prend en charge une bonne partie du sacrifice. C'est à partir de la tranche à 30 % que le 4/5e devient vraiment intéressant, pas avant.
Un simulateur qui applique « environ 22 % de cotisations » ne peut pas voir cet effet : avec un taux fixe, la perte fait mécaniquement 20 % à tous les salaires. C'est du faux précis. Nos chiffres bougent parce que les cotisations plafonnées au PMSS (4 005 € par mois en 2026) et l'impôt progressif ne sont pas proportionnels.
Fonction publique : à 80 %, vous n'êtes pas payé 80 %
Un agent public à 80 % perçoit 6/7e de son traitement, soit 85,71 %. À 90 %, il perçoit 32/35e, soit 91,43 %. La règle vient du décret n° 82-624 du 20 juillet 1982, article 4 et elle est rappelée sur la fiche F486 de service-public.gouv.fr.
Ce n'est pas un détail. Le 80 % est la quotité par défaut dans la fonction publique, et l'écart avec un prorata strict atteint 5,71 points. Sur 3 000 € de traitement brut, cela représente 171 € de brut en plus chaque mois, soit 2 057 € par an. Tout convertisseur qui multiplie par 0,8 vous annonce ce montant en moins. C'est pour ça qu'on a mis un bouton « Fonction publique » en haut de page plutôt qu'une note en bas.
Deux limites à connaître. La surrémunération ne joue que pour 80 % et 90 % : à 50, 60 ou 70 %, vous êtes bien payé au prorata strict. Et elle ne change rien à la durée travaillée : vous travaillez 80 % et vous êtes payé 85,71 %, c'est bien une incitation financière assumée par le législateur pour les quotités hautes.
À 80 % en FP : 6/7e = 85,71 % du traitement. À 90 % : 32/35e = 91,43 %. À 50, 60 et 70 % : prorata strict, aucune bonification.
Non, passer à 80 % ne vous fait pas perdre de trimestres
C'est la peur n° 1 et elle est infondée. En 2026, un trimestre de retraite se valide dès 1 803 € de salaire brut, et 7 212 € sur l'année suffisent pour les quatre (service-public.gouv.fr, fiche F1761). À 80 %, même payé au SMIC, vous encaissez 17 923 € brut sur l'année. Vous êtes deux fois et demie au-dessus du seuil.
Il faudrait tomber sous 601 € brut par mois, c'est-à-dire environ 32 % d'un temps plein au SMIC, pour commencer à en perdre un. À mi-temps au SMIC, les 4 trimestres sont acquis sans discussion. Notre simulateur affiche le compte au-dessus, calculé sur votre brut annuel réel : c'est un badge vert dans l'immense majorité des cas.
Une précision que la plupart des sites ratent : le seuil se calcule sur 150 fois le SMIC horaire en vigueur au 1er janvier de l'année, pas sur le SMIC revalorisé en cours d'année. Pour 2026, c'est donc 150 × 12,02 € = 1 803 €, et non 150 × 12,31 € = 1 846,50 €. La revalorisation du 1er juin 2026 ne déplace pas le seuil de cette année.
Ce qui baisse vraiment, ce sont vos points AGIRC-ARRCO et votre salaire annuel moyen. Les points sont achetés au prorata des cotisations versées : cotiser sur 2 400 € au lieu de 3 000 €, c'est 20 % de points en moins sur les années concernées. Sur trois ou quatre ans, l'effet sur la pension est de l'ordre de quelques euros par mois. Sur vingt ans, c'est une autre histoire.
La parade existe et elle est peu connue : la surcotisation. Avec l'accord écrit de votre employeur, les cotisations retraite sont assises sur le salaire reconstitué à temps plein (article L. 241-3-1 du code de la Sécurité sociale). Vous travaillez 4 jours, vous cotisez comme si vous en faisiez 5. La part salarié supplémentaire est à votre charge, sauf si l'employeur accepte de la porter. C'est la ligne à négocier au moment de signer l'avenant, pas deux ans après.
Heures complémentaires : +10 %, puis +25 %
Un salarié à temps partiel qui dépasse sa durée contractuelle fait des heures complémentaires, pas des heures supplémentaires. La majoration est de 10 % dans la limite du dixième de la durée prévue au contrat, puis de 25 % au-delà, sauf accord de branche plus favorable (article L. 3123-29 du code du travail).
Concrètement, à 80 % votre contrat fait 121,33 h par mois. Les 12,13 premières heures complémentaires sont payées +10 %, les suivantes +25 %. Le total ne peut pas dépasser le tiers du contrat, soit 40,44 h. Au-delà, refuser n'est ni une faute ni un motif de licenciement. Vous pouvez aussi refuser si on vous prévient moins de trois jours avant.
Le champ « heures complémentaires » du simulateur applique ces deux paliers et coupe au tiers. Si vous en faites tous les mois, posez-vous la question : un temps partiel systématiquement dépassé se requalifie devant le conseil de prud'hommes.
Ce qui ne bouge pas quand vous passez à 80 %
Trois choses que beaucoup croient perdre et qu'on ne perd pas.
Vos congés payés. Un salarié à temps partiel acquiert les mêmes 2,5 jours ouvrables par mois, soit 30 jours ouvrables par an, exactement comme un temps plein (service-public.gouv.fr, fiche F33927). Seule l'indemnité suit le salaire. Le piège est ailleurs, dans le décompte : si vous ne travaillez pas le mercredi et que vous posez lundi et mardi, on vous retire trois jours, mercredi compris. Beaucoup de salariés à 4/5e le découvrent en juin, quand le solde ne tombe pas juste.
Votre taux horaire. L'article L. 3123-5 du code du travail impose l'égalité de traitement : à poste équivalent, le taux horaire d'un temps partiel est identique à celui d'un temps plein. Une baisse de taux horaire « parce que vous êtes à 80 % » est illégale.
Les taux de cotisations. Ils sont les mêmes, seule l'assiette diminue. En revanche le montant prélevé ne baisse pas exactement de 20 %, parce que certaines cotisations sont plafonnées au PMSS et que l'impôt est progressif. D'où l'intérêt de calculer plutôt que d'estimer : voyez le détail des cotisations sociales 2026.
Côté cadre légal, deux points à connaître avant l'entretien. La durée minimale d'un temps partiel est de 24 h par semaine, avec des dérogations : étudiant de moins de 26 ans, CDD de 7 jours ou moins, remplacement, particulier employeur, ou demande écrite et motivée du salarié pour raisons personnelles ou cumul d'emplois (service-public.gouv.fr, fiche F32428). À 80 %, vous êtes à 28 h, la question ne se pose pas. Et le passage à temps partiel exige un avenant écrit qui fixe la répartition des heures : sans lui, votre jour off n'est pas opposable.
Essentiel à retenir : à 80 % dans le privé, comptez 28 h par semaine et environ 19 % de net après impôt en moins (424 € par mois sur un brut de 3 000 €). Dans la fonction publique, 80 % est payé 85,71 % (6/7e). Vos 4 trimestres de retraite et vos 30 jours de congés restent acquis ; ce sont vos points AGIRC-ARRCO qui baissent, et la surcotisation peut les rattraper.
Questions fréquentes sur le salaire à 80 %
À 80 %, dans la fonction publique, est-on payé 80 % ?
Non. Un agent public à 80 % perçoit 6/7e de son traitement, soit 85,71 %, et non 80 %. À 90 %, il perçoit 32/35e, soit 91,43 %. Cette surrémunération ne vise que ces deux quotités ; à 50, 60 et 70 % la rémunération est bien proportionnelle. Règle fixée par le décret n° 82-624 du 20 juillet 1982.
Passer à 80 % fait-il perdre des trimestres de retraite ?
Non. En 2026, un trimestre se valide dès 1 803 € de salaire brut, soit 7 212 € sur l'année pour les 4 trimestres. À 80 %, même payé au SMIC, vous percevez 17 923 € brut par an : les 4 trimestres sont acquis. Il faudrait descendre sous 601 € brut par mois, environ 32 % d'un temps plein au SMIC, pour en perdre un.
80 %, ça fait combien d'heures par semaine ?
80 % d'un temps plein de 35 heures représente 28 heures par semaine, soit 121,33 heures par mois (151,67 × 0,8). En pratique, c'est le plus souvent quatre journées de travail au lieu de cinq, le fameux 4/5e.
Combien perd-on vraiment en net en passant à 80 % ?
Un peu moins de 20 %. Pour un non-cadre à 3 000 € brut avec une part fiscale, le net après impôt passe de 2 224 € à 1 801 €, soit 424 € de moins par mois : 19,0 % et non 20 %. À 4 000 € brut, la perte tombe à 16,7 % du net après impôt, parce que le salaire abandonné était taxé à 30 %.
Les taux de cotisations changent-ils à temps partiel ?
Non, les taux sont identiques : seule l'assiette diminue. En revanche le montant prélevé ne baisse pas exactement de 20 %, car les cotisations plafonnées au plafond de la Sécurité sociale (4 005 € par mois en 2026) et l'impôt progressif ne sont pas proportionnels. C'est pour cela qu'un calcul à taux forfaitaire se trompe.
Peut-on cotiser pour la retraite comme à temps plein ?
Oui, c'est la surcotisation : avec l'accord écrit de l'employeur, les cotisations retraite de base et complémentaire sont calculées sur le salaire reconstitué à temps plein (article L. 241-3-1 du code de la Sécurité sociale). Vos points AGIRC-ARRCO et votre salaire annuel moyen restent ceux d'un temps plein. La part salariale supplémentaire est à votre charge, sauf si l'employeur accepte de la prendre en charge.
Perd-on des jours de congés payés en passant à 80 % ?
Non. Un salarié à temps partiel acquiert les mêmes 2,5 jours ouvrables par mois, soit 30 jours ouvrables par an, comme un temps plein. Attention au décompte : si vous ne travaillez pas le mercredi et posez lundi et mardi, trois jours ouvrables sont retirés de votre solde, le mercredi compris.
Combien sont payées les heures complémentaires à 80 % ?
Elles sont majorées de 10 % dans la limite du dixième de la durée contractuelle, puis de 25 % au-delà, sauf accord de branche plus favorable (article L. 3123-29 du code du travail). À 80 %, soit 121,33 heures par mois, les 12,13 premières heures sont à +10 % et les suivantes à +25 %, dans la limite du tiers du contrat, soit 40,44 heures.
Dernière mise à jour : juillet 2026 — barème de cotisations 2026, PMSS 4 005 €, SMIC 1 867,02 € depuis le 1er juin 2026, seuil de validation d'un trimestre 1 803 €.